L'édito du 8 juin...
Pas une élection sans hausse de l’abstention et défaite du gouvernement sortant, qu’il soit de « gauche » ou de droite. Le Monde s’interroge sur cette situation qui touche toute l’Europe : faut-il incriminer « le chômage (…) massif » et « l’austérité », ou bien « une crise profonde de la démocratie représentative » nourrie par « une absence de vrais choix politiques » ? Les deux, mon général.
Expression de la profonde crise sociale, politique et institutionnelle qui mûrit, et donc du choc qui se prépare, la « crise de la démocratie représentative » touche toutes les classes sociales.
D’un côté, les ouvriers, les employés, les jeunes, les chômeurs, les mères de famille, les retraités constatent que, des « socialistes » Zapatero, Papandréou et Socrates aux dirigeants de droite Merkel, Sarkozy ou Berlusconi, tous les gouvernements appliquent les mêmes plans destructeurs du Fonds monétaire international et de l’Union européenne — traduisant les exigences d’une classe capitaliste en faillite.
D’un autre côté, capitalistes, banquiers et spéculateurs constatent que, face à la résistance de la classe ouvrière, des gouvernements en principe à leur botte ne réussissent pas à frapper aussi brutalement que nécessaire pour desserrer l’étau de leur propre crise.
Comment en sortir ? Pour Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, il est « urgent de renforcer les règles afin de prévenir tout laxisme budgétaire ».Ce 2 juin, il a préconisé que « les autorités européennes (…) pourraient, et devraient, le cas échéant, prendre elles mêmes les décisions qui s’appliquent au niveau de l’économie concernée », et qu’elles aient même « le droit d’opposer leur veto à certaines décisions de politique économique nationale », en particulier « les principaux postes de dépense budgétaire ».
Oui, vous avez bien lu : déjà réduits à peu de chose (hormis transposer les directives européennes et respecter le traité de Maastricht), les Parlements nationaux perdraient tout zeste de souveraineté !
Des Parlements soumis à un veto supranational ; des syndicats contraints de respecter « l’obligation » de réduire les déficits publics ; des partis soumis au consensus sur la même question : la « solution » de Trichet à la « crise de la démocratie représentative »… c’est la suppression de la démocratie !
Mais attention : vouloir passer de la dictature des déficits publics à la dictature tout court ne ferait que précipiter la marche à l’explosion. L’histoire se souvient qu’avant Trichet, un autre « Monsieur Veto » a contribué, bien malgré lui, à la chute de la monarchie…
Il y a une autre voie : celle de la rupture avec la dictature des déficits publics, un pas sur la voie la rupture avec l’Union européenne.
Cette voie est celle de l’indépendance des organisations syndicales libres de défendre les revendications ouvrières.
C’est la voie de l’établissement d’une authentique démocratie par une Assemblée constituante souveraine, dégageant les moyens d'une politique qui garantisse un vrai travail, un vrai salaire et une vraie qualification aux jeunes, une retraite aux anciens, un salaire et une protection sociale, des garanties collectives et des services publics à tous.
Aider les travailleurs et la jeunesse à s’ouvrir, par leur propre mobilisation, cette voie de la rupture et de la reconquête de la démocratie : tel est le sens de la campagne, dont le POI a pris l’initiative, contre la réforme constitutionnelle soumise au vote du Sénat le 14 juin.
D. Gluckstein
Lire aussi ce qu'en dit "Bruxelles"...