L'éditorial du n° 134
Rien à voir ?
Extraordinaire, l’acharnement avec lequel les « experts » présentent les mobilisations révolutionnaires en Tunisie et en Egypte comme des phénomènes propres au « monde arabe »…Dans ces « pays-là », voyez-vous, les gens ont des raisons particulières de se soulever : misère, chômage, mesures destructrices imposées par le Fonds monétaire international (FMI) au nom des grandes puissances capitalistes.
Rien à voir avec ce qui se passe dans nos pays « développés »… Chez nous… cabanons de fortune et tentes le long des autoroutes, sur les parkings et les terrains vagues marquent le retour des bidonvilles, tandis qu’un Français sur huit serait mal logé. Chez nous…les agences régionales de santé multiplient fermetures de services et d’hôpitaux, tandis que 14 375 postes d’enseignants sont supprimés pour 70 000 élèves supplémentaires attendus ! Chez nous... la Sécurité sociale est menacée dans son existence même avec l’ouverture du dossier « dépendance », tandis que le chômage monte en flèche, et que, à nouveau, les licenciements frappent dans tous les secteurs.
La souveraineté de la nation ? La France paie – c’est le deuxième poste de son budget – plus de 50milliards d’euros par an d’intérêts de la dette aux banquiers et aux spéculateurs. Le FMI et l’Union européenne multiplient missions et mises en garde pour obtenir la « réduction des déficits publics »…d’où découlent les mesures destructrices signalées ici.
La démocratie ? Aucun des partis « de gauche » qui prétendent parler au nom des travailleurs ne propose de rompre avec le traité de Maastricht et ses institutions : l’Union européenne et la Banque centrale européenne. Un sondage signale que 56% des personnes interrogées n’ont « confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays ».
Et si, finalement, en Tunisie et en Egypte, il s’agissait de lutte de classe ? C’est à- dire du soulèvement des opprimés et des exploités contre la misère et les gouvernements qui l’imposent, contre les institutions du capital financier international qui dictent ces politiques et interdisent la démocratie ?
Si tel est le cas, qui osera prétendre que les ingrédients de ces soulèvements ouvriers et populaires se concentrent d’un seul côté de la Méditerranée ?
Certes, les rythmes et les formes des événements ne sont pas identiques. Mais — faut-il le rappeler ? — chez nous aussi des millions de travailleurs sont descendus dans la rue, ont fait grève et cherché à bloquer le pays pour empêcher la réforme des retraites. Sans le refus des dirigeants d’appeler à la grève pour le retrait, le mouvement, sans aucun doute, aurait abouti.
Que cela plaise ou non, l’aspiration, en France, à bloquer le bras destructeur du gouvernement et le carcan de l’Union européenne est chaque jour un peu plus encouragée par ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée. Quant à l’aspiration profonde à la démocratie et à la souveraineté, qui prend en Tunisie la forme de l’exigence d’Assemblée constituante souveraine, qui dira qu’elle n’est pas à l’ordre du jour dans notre pays ?
Pour débattre de ces questions qui lient les développements révolutionnaires en Tunisie et en Egypte avec le combat politique en France pour la démocratie, pour l’aide à la lutte de classe unie, pour la rupture avec l’Union européenne et pour l’Assemblée constituante, le POI organise dans tout le pays des réunions publiques.
Travailleurs, jeunes, militants de toutes tendances, vous y êtes cordialement invités !
Daniel GLUCKSTEIN, Secrétaire national du POI