Rembourser ? Non, effacer !
Un camarade du POI de Gironde a reçu
un courrier d’un militant du Parti de gauche : « Bonjour, ce que tu écris (sur le silence des partis de gauche par rapport à la réforme constitutionnelle) est inexact (…). Pour ton
information, tu trouveras en fichier joint l’intervention de Jean-Pierre Brard, député de Seine-Saint- Denis,(…) le 3 mai dernier au nom du groupe des député-e-s communistes, républicains,
citoyens,parti de gauche. » Remercions ce camarade du Parti de gauche pour le discours qu’il nous transmet et dont nous tirons ce passage : « Ce projet de réforme
constitutionnelle (…) émane d’une majorité qui a constamment transgressé les critères qu’elle tente de constitutionnaliser. Vous n’avez jamais respecté les critères de Maastricht (...).Si l’on ne
peut qu’admettre la nécessité de libérer la France de l’aliénation de la dette, la préoccupation fondamentale doit être de savoir sur qui doit peser l’effort du remboursement. »
Rembourser ? Non : il faut effacer cette dette qui n’est pas celle du peuple !
Il suffit pour s’en convaincre de prendre connaissance des faits rapportés par les journaux la semaine dernière, quand l’actualité se focalisait sur la mort de Ben
Laden. Fin 2001, les Etats-Unis sont au bord de la récession. Surviennent les attentats contre le World Trade Center. Aussitôt, les dépenses militaires grimpent en flèche et servent de volant
d’entraînement parasitaire à l’économie capitaliste.Dans le même temps, la Réserve fédérale américaine déverse à flots des liquidités pour relancer l’économie. Résultat : la récession est
différée. Mais il y a une suite : l’économie explose sous le poids de la dette publique, enflée par les dépenses militaires ; et l’énorme bulle spéculative gonflée par ces capitaux
déversés en masse éclate (crise des subprimes). C’est la récession de 2007-2008.
Des centaines de milliards sortis des caisses du Trésor public, aux Etats-Unis comme en Europe, vont renflouer banquiers et capitalistes faillis. Des millions
d’emplois sont supprimés.Ce renflouement des spéculateurs aboutit, aujourd’hui, à la situation de la Grèce et du Portugal et…d’autres qui se profilent. C’est sur cette base que les gendarmes de
la classe capitaliste (FMI, Union européenne,Banque centrale européenne) veulent imposer les plans meurtriers contre la classe ouvrière et les peuples.
Alors non, la question n’est pas « qui doit rembourser ». Pas plus qu’elle n’est de savoir si le gouvernement « a transgressé les
critères de Maastricht », des critères qu’il voudrait aujourd’hui inscrire dans la Constitution, considérant que, sous la forme où ils ont été établis en 1992, ils n’ont pas permis
d’empêcher le surgissement de la lutte de classe.
Se plier ou non à la discipline de la réduction des déficits publics : c’est une ligne de démarcation dans le mouvement ouvrier. Aussi radical que soit le
discours, quiconque met le doigt dans cet engrenage ne peut qu’accompagner les plans destructeurs de la démocratie et de la classe ouvrière.
L’indépendance du mouvement ouvrier se concentre dans l’exigence : non à la réforme constitutionnelle,non à la dictature de la réduction des déficits
publics ! Ce qui, pour le POI, se relie aux mots d’ordre d’annulation de la dette et de rupture avec l’Union européenne ! Et, bien sûr : dehors le FMI !
Daniel Gluckstein
Secrétaire national du POI